dimanche 27 avril 2014

Toutes ces choses dans ta tête que nous ignorons

Avec nous, tu n'es pas si bavard. 
Du moins, tout est relatif. 
Plus petit, je me souviens qu'on disait très souvent que tu étais un vrai moulin à paroles, il y a même une période où nous étions une peu obligés de quitter la pièce dans laquelle tu étais pour espérer trouver un peu de calme ailleurs : une fois que tu étais parti à raconter quelque chose, on ne t'arrêtait plus.

Aujourd'hui, ce n'est plus vrai. Aujourd'hui, tu as une petite sœur qui est très très présente et qui a contribué certainement à ce que tu parles moins, à ce que tu t'effaces un peu.
"T'effacer", je n'aime pas trop ce terme, c'est triste ce mot, "effacer", mais pourtant je pense que c'est ce que caractérise ton comportement à la maison depuis ces deux dernières années à peu près.
Aujourd'hui, tu parles moins, tellement moins que nous avons eu quelques surprises cette année pour ton année de CP.
Début octobre, première réunion avec ton institutrice, une rencontre parents-professeur pour présenter l'année et répondre à nos éventuelles questions. Et puis, on a voulu échanger personnellement avec elle car nous avions le sentiment que tu étais renfermé, à la maison tu nous parlais si peu de ton entrée au CP, de tes impressions, de ce que tu y faisais. Comme tout parent, on se faisait un peu du souci, savoir si tu aimais vraiment la classe, si tu y étais intégré. Et puis ton institutrice nous a fait des yeux ronds : "Comment, Marin réservé ? Mais pas du tout ! Ce serait plutôt le contraire, Marin est très bavard et très volontaire."
Très bien, nous voilà rassurés.

Rassurés mais une nouvelle fois très surpris lorsqu'on lira ce mot avant les congés de Noël où l'institutrice nous demandait de reprendre Marin, de lui expliquer qu'il ne pouvait plus parler à tout va dans la classe. Elle avait épuisé ses arguments à son égard. Alors, on lui a expliqué, nous étions un peu désarmés, notre fils n'est réellement pas le même à la maison : notre fils est posé, parle peu mais observe, entend et comprend beaucoup de choses rapidement c'est certain.
Et puis l'hiver se termine, le printemps démarre, tu continues de mener ton année de CP tranquillement, peut-être trop tranquillement : au début de l'année, on ne disait trop rien mais en mars, on a commencé à se dire que les leçons étaient un peu légères, elles étaient devenues une formalité pour toi, quand faire les leçons pour certains, c'est compliqué, pour toi, c'était un peu comme si on te demandait de mettre la table...
Avec ton papa, on en avait parlé tous les deux : soit le niveau de CP était un peu trop léger, ce dont nous doutions puisqu'on avait rencontré ta maîtresse pour aussi discuter de cela, ta maîtresse qui nous avait confirmé qu'elle te donnait des travaux supplémentaires pour ne pas que tu t'ennuies. Ou bien soit, tu comprenais vraiment vite et alors peut-être ton niveau était-il au-dessus d'un niveau de CP. Mais cette deuxième explication, on en a beaucoup parlé, on se disait que faire aller trop vite les choses, n'était pas nécessairement bénéfique.

Et puis vint ce coup de fil au bureau en plein après-midi il y a trois semaines. Ton institutrice appelait, elle souhaitait "un rendez-vous pour parler du très bon travail de Marin". Coup de fil étrange qui vous laisse un peu comme deux ronds de frites ensuite. Il valait mieux ça que le contraire mais quand même, tu es un peu sonné.
Le lundi suivant, ta maîtresse m'a montré tous les travaux que tu avais accompli depuis plusieurs mois. Des travaux pour la plupart qui étaient signalés par un astérisque rouge : "Comment ? Mais Marin ne vous a pas expliqué que l'astérisque rouge indiquait qu'il s'agissait de travaux de CE1 ? Il le sait bien pourtant et je lui disais de le dire".
Non, Marin ne nous a rien dit. Pas plus que de nous dire qu'il avait même commencé les multiplications, qu'il avait bien passé le test pour la résolution de problèmes, qu'il avait pu être intégré quelquefois au groupe de CE1 lorsque ses travaux de CP étaient terminés.
Non, notre fils ne nous a pas parlé de tout ça. Nous félicitions de temps en temps notre fiston car il était évident que tout marchait comme sur des roulettes. Mais, il ne s'est jamais vanté qu'il faisait bien plus que des travaux de CP, qu'il était même demandeur de travaux supplémentaires et qu'il les accomplissait plutôt très bien.
Nous devions donner notre réponse avant les vacances de Pâques vendredi dernier.
Notre fils a été intégré dans la classe de CE1 jeudi dernier et c'est par un si gentil mot de la maîtresse jeudi soir que nous l'avons su. Je me suis approchée de mon fils ensuite pour le féliciter, mon fiston qui est resté une nouvelle fois pudique, notre fiston qui doit être si fier, si heureux mais qui garde ses impressions pour lui, comme cachés au plus profond de lui-même.
Notre fiston qui nous demandait un jeu d'échecs lorsqu'il avait à peine cinq ans.
Notre fiston qui part avec maman de temps en temps : lorsqu'il s'agit d'aller voir une expo, de prendre le train pour un week-end, entre autres culturel, il est le premier à répondre présent.
Notre fiston qui nous a dit plusieurs fois que lui aussi il voulait aller à Marseille bientôt.
Tu sais fiston, Marseille, ce sera pour une autre fois mais en attendant, ta maman prévoit d'aller à la Cité des Sciences avec toi début juin. Mais Chuuuttt! Tu ne le sais pas encore. Tu l'apprendras un peu de la même manière que nous avons appris pour ton intégration en CE1. Et tu nous parleras un peu plus désormais, histoire que papa et maman soient un peu plus préparés à la façon dont tu grandis, trop vite ? 
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4 commentaires:

  1. J'ai connu un peu ça avec mon fiston. Je me souviens de la stupéfaction de son institutrice de CP lorsqu'il avait réussi l'exploit de répondre positivement à son questionnaire d'évaluation. C'était une première pour elle. Puis, je me souviens de la Directrice de la petite école qui m'avait harponnée sur la Place de l'Eglise "attention Nicolas a trop de facilités, s'il décroche, il se noie car il n'est habitué ni à l'effort, ni à l'échec" Et de fait c'est en Terminale sous le coup de l'adolescence et de mauvaises relations de lycée qu'il a failli rater son bac... Prend bien soin de lui !

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    1. Merci Armelle pour ton com' et ton retour d'expérience. C'est cela, on va garder un œil avisé sur lui, ça va vite, tellement vite...

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  2. L'essentiel est qu'il se sente bien là où il est ! ça a l'air de se faire en douceur et en bienveillance en tout cas

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  3. Nous avons brièvement échangé de nos enfants après la rentrée scolaire, une même sensation toutes les deux, tu te souviens ? Ton post raisonne en moi, parce que tout simplement, j'ai l'impression de me lire (dans la première partie de ton texte).
    Même sentiment ici, l'impression que mon p'tit bonhomme se renfermait, voire pire, qu'il ne trouvait pas sa place ... une maîtresse en arrêt maladie imprévu, une remplaçante, qui vite "met" le doigt sur Elowan, et sur la qualité de son travail.
    Ce que tu as écrit, je pense que j'aurai pu l'écrire (mais j'ai bien du mal à en parler), cela dit, à une chose près : les maîtresses ont voulu "vérifier" les prétentues capacités d'Elowan, alors nous sommes passés par les cases rdv psy et tests, qui avec tous les questionnements que cela a pu entraîner, on confirmé le prétendu niveau d'Elowan ...
    s'en sont venus ensuite tout un tas de questionnements, pour nous, çà oui ... l'école a envisagé un éventuel passage en ce1 après les vacances de février, puis d'un coup, il n'en était plus question, d'un coup d'un seul, le passage en classe supérieur pouvait représenter trop de "dangers" : apprentissages, acclimatation, gestion du cahier de texte ...
    Soit, l'essentiel pour moi était qu'Elowan trouve sa place dans sa classe (GS-CP), et elles ont mis un point d'honneur à ce que ce soit le cas, et je crois qu'Elowan y a mis du sien aussi, parce que désormais, il avait des mots sur sa "différence", et comprennait pourquoi il se sentait différent des autres.
    J'avoue que j'aurai apprécié qu'au lieu de rester en GS/CP elle le fasse bifurquer au moins vers la classe de CP/CE1 pour qu'il puisse bénéficier des apprentissges de CE1 pendant les temps informels (qui sont très longs pour lui dans une classe de GS/CP), mais cela semblait tout simplement impossible.
    A partir de l'année prochaine, il devrait autant que possible être dans une classe double niveau avec un niveau supérieur, histoire voir s'il a besoin/s'il est possible qu'il bénéficie d'un saut de classe, mais l'équipe ici n'est pas favorable au saut de classe, elles étaient même plus "embêtées" de la précocité, embêtées dans le sens où elles ont bien conscience qu'il faudrait adapter, mais elles ne savent pas comment faire pour bien faire. Elles sont adorables, à l'écoute, mais jamais elles n'auraient pris l'initiative de faire ce que la maîtresse de ton fiston a fait, et en moi, çà raisonnera toujours en moi ... littéralement, le saut de classe leur faisait terriblement peur, et fatalement, hélass cette peur a été communicative, que je ne suis pas une maman à ruer dans les brancards et que je me "range" facilement vers ce qu'on me conseille (même si la fille d'une amie a eu le même parcours, exactement, que ton fils et si je savais donc au fond de moi que pour un enfant curieux, le saut de classe pouvait se faire très naturellement et que contrairement à ce qu'elles pouvaient penser, après les vacances de février, çà n'était pas "trop tard" dans l'année, la preuve encore en est avec votre expérience).
    Aujourd'hui j'essaie de me dire qu'Elowan a trouvé sa place, et que c'était réellement la priorité : reste à voir comment les apprentissages et sa soif principalement seront assouvies dans les années à venir
    Te lire, en pensant à ton fiston dans tout çà, me met (comme souvent en te lisant ;) ) des frissons ... Une nouvelle aventure commence !

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